Vous moquez pas mais... parfois j'ai du mal à me dire que je suis noire. D'abord parce que je suis pas noire, enfin pas vraiment . Trouvons la définition exacte de ma couleur de peau. Disons que je suis marron, ok pour chocolat et enfin pas vraiment noir. Quand je dis noir, je pense noir noir quoi, voir noir bleu, le genre de couleur que l'on ne voit pas sur une photo en noir et blanc. Moi on me voit un peu quand même. Pas trop, mais quand même. Donc, moi , je tire sur le marron indien, encore que certains indiens d'Inde sont vachement sombre, alors que moi, à force de trainer sous le soleil parisien, je suis devenue noir gris. Noir sale ? Non mais oh faut pas déconner quand même ! ( noir sale c'est le dimanche quand je passe la journée sans approcher de ma salle de bain ). Nan en fait je suis marron, pas si grise que ça, grise c'est les jours de gueule de bois ou de maladies...
Voyez comme j'ai déjà du mal à définir ma couleur, alors la conscience noire... Je dis ça, parce que, bien qu'issue d'une famille de créole, de toutes les couleurs, plutôt bien intégrée dans la société "blanche" de la Métropole, je n'ai pas grandie dans un milieu revendicatif, voir parfois too much. Pas de " sois fiére d'être créole avant tout" ou encore " Nous méritons l'aide de la France, ils nous ont bien exploités il y a quelques siécles ". Pas de trip sur la négritude, ou encore de participations à des soirées créoles toutes les semaines.
Je ne dis pas que je ne l'ai pas, cette "âme créole" mais, mon éducation n'a pas été faite de sorte que je me distingue en tant que femme issue des Dom et ensuite française. Je suis dans une globalité, un tout, qui englobe mes origines et le lieu dans lequel j'évolue. Parce que mon histoire s'est faite en France, et que le vécu de mes parents, bien qu'intégré dans mon histoire, ne modifie pas tant que ça ma perception de moi même. En gros, le week-end, je ne torche pas qu'au ti punch' en mangeant des samoussas, pour aller ensuite danser un zouk love avec mon doudou.
Comprenez moi bien, je trouve ça beau d'aimer ce que l'on est et d'où l'on vient, mais il faut tout de même garder en tête, malgrè la colonisation, ce qui en découle, que nous sommes avant tout français, de départements peut-être un peu plus lointains, et que ce n'est pas grave d'être noir, ou jaune, ou marron. J'ai rien contre la pensée créole, l'identité, car il y en a une, forte, mais je trouve que c'est paradoxal de vouloir profiter du système au même titre que les autres, tout en détestant les blancs, ou pester parce que ce sont eux qui ont les meilleurs postes.
Il y a un cercle vicieux, et je ne saurais donner d'explications claires, a ce problème là, les chômeurs, beaucoup des créoles, les emplois pris par les " blancs ", à part en me disant, que ce sont peu-être de vieux restes de conditionnement, des résidus de la colonisation et de l'esclavage. En plus, je me trouve mal placée pour parler de ça, moi née en Métropole, et n'ayant pas vécu sur une île. Chez moi, c'est tellement métissé, que ça semble poser moins de problèmes qu'aux Antilles. Moi ça m'a choqué, en Guadeloupe, d'entendre les locaux parler des " blancs ", alors que chez moi on parle des " métros ". C'est un petit rien, mais c'est un exemple de la façon dont se perçoivent les gens.
Tout ça pour dire que... J'ai grandi dans un milieu moyen, avec des gens de toutes les couleurs, et je n'ai pas eut l'impression de devoir me battre pour me faire accepter, pour trouver du boulot, faire du théâtre, pour être regardée en individu lambda. Peut-être parce que je porte un nom pas très compliqué à dire ou connoté, peut-être aussi parce que je n'y pense pas vraiment, et que cela passe mieux. Je ne suis pas dans un rapport de force avec les gens, pas de combats internes, du type " regarder moi en tant qu'individu avant de me voir comme une femme noire ".
Et puis notre époque y est aussi pour beaucoup, plus de métissage, ça aide à briser les regards hostiles et les a priori. Pour ma part, le peu de fois où j'ai été victime de racisme... Hé bien je l'ai vécu avec des gens d'origines magrhébine ou portugaise... Je peux vous dire que de s'entendre dire " rentre dans ton pays " avec un accent portugais à couper au couteau... C'est presque comique. Puis je suis pas susceptible, j'adore l'autodérision, je trouve que c'est le meilleur moyen de casser les tabous, et finalement de rendre la chose dérisoire. Lorsque pour rire on m'appelle quotat, je suis la première à renchérir.
C'est vrai, après tout, comment survivre, comment rendre les choses ridicules donc peu importantes, sinon en riant ? Donner trop d'importance aux mots rend parfois les choses trop graves, et laissent des marques dans l'esprit. Je ne dis pas que cela fonctionne pour tout le monde pareil, c'est mon point de vue. Il m'est arrivé de me prendre un peu la tête à ce sujet avec un copain d'origine Guadeloupéenne, qui ne supportait pas que l'on l'appelle " Nigga' " ( on aimait bien se prendre pour des rappeurs de la côte ouest des usa... ). Senghor n'a-t'il pas lui même érigé la négritude comme aspect philosophique des Antilles ?
Je ne peux pas m'empêcher de faire le rapprochement avec l'humour juif, qui lui même prend ses racines dans l'une des périodes les plus sombres de notre histoires. Certains rescapés le disent eux-même, sans l'humour, sans le rire, on ne survit pas, et la seule chose qui peut rendre fou un tortionnaire, c'est de voir sa victime de rire, et surtout de lui rire au nez.
Au départ, je voulais juste dire, que, en fait, bon ben ça va, je sais que je suis pas blanche, que, bien que mes amis fassent des blagues vaseuses à mon sujet, parfois, pas tout le temps hein, ben que voilà, ma couleur de peau, je l'oublie, elle ne me géne pas, ce n'est pas un frein aux rencontres, au contraire, que ça émoustille certaines monsieurs, que, putain j'ai bonne mine moi, alors que vous avez un teint de merde en hiver, que c'est marrant toutes ces questions que l'on peut soulever rien qu'en écrivant un petit article sur ça ( petit, tout est relatif ), et que ben voilà, y a des gens de couleurs, que la France est métisse, que c'est bien d'avoir une identité, de la revendiquer, mais point trop n'en faut, sinon on s'y perd, et l'on se prend vachement la tête ! ( cf.Dieudonné etc... )
J'omet peut-être des choses, mais pas d'où je suis viendue, que la noiritude est un vaste débat, mais qu'on fond, nous sommes tous pareils, et que nous faisons tous cacas !
ps: ben réagissez hein...








