...Fini, le temps des flâneries le long du canal Saint Martin, des couchers de soleil qui embrasent la Seine, et rosissent la pierre blonde des grands boulevards parisiens, des notes de jazz qui s'échappent, impétueuses, des cafés, du lila au parfum entêtant, des cerises qui rendent les lèvre savoureuses, de la chaleur écrassante, fini le temps des bourdons veloutés virevoletant voluptueusement, le bleu du ciel vibrant de soleil, de la langueur qui s'empare des corps...
Il est fini le temps des jeunes filles en jupes courtes, de la bière blonde bu en terrasse, de la sueur qui perle le long du cou des jeunes hommes en débardeurs, évanouie la caresse du vent, emportée avec lui la promesse de longues nuits d'ivresse, la lumière filtrée par le ramage somptueux des marronniers, des enfants bruns d'avoir trop joués dans la poussière des parcs, inutile désormais, la quête du coin d'ombre salvateur, séché le jus des pêches qui laisse les doigts poisseux et sucrés...
Fini, enfin, le métro libéré de sa foule, les rues, offertes aux pas du promeneur nonchalant, le flot tarri des moteurs hurlants, disparue la longue enfilade de vitrines aux paupières grises, occultées par la ferraille de leurs rideaux, fini le lent battement de coeur, le souffle ralenti, de la Ville épuisée par la chaleur, abandonnée aux hordes de touristes avides de la parcourir, d'explorer ses entrailles...
Voilà
le vent du nord, charriant dans son sillage, les lourds nuages
gonflés de pluie, de retour, le gris enveloppant, qui alourdit les
corps, enfume les esprits. Glissant le pavé, jonché de feuilles
mortes, humide tapis, appel à la chute, et autres cascades
périlleuses. Tourmentée, la coiffure des coquettes, victime des
ondées, punie l'élégante, dont les talons vertigineux frémissent,
grelottants sur le bitume patinoire.
Divins,
les derniers rayons du couchant, qui transpercent le roux ramage,
émouvant salut du soleil, aux rescapés des pluies et du
vent. D'encre la nuit, nuit
noire, nuit glacée, nuit qui fait aimer la tendre pâleur du jour
tremblotant...Il est bon d'humer
l'odeur du feu de bois, de la bûche qui crépite...
Acide, le jus des clémentines qui coule
dans la gorge, sucrées les courges ventrues, luisantes les pommes
charnues, craquantes sous la dent, sensuelle la figue à la chair
écarlate, telle une bouche offerte au baiser de son
amant...
Courtes les journées, longues les écharpes, épais les bas, noirs les parapluies, cintrés les imperméables, rabattus les chapeaux, sur les visages gelés. Attirants les cafés et autres troquets, emplis en leurs ventres, des quidams pressés de se réchauffer le coeur à coup de vin chaud. Fumant le chocolat chaud, qui réveille les doigts engourdis, et brûle la langue.
Long le trajet en métro, le pépin dégoulinant collé entre les jambes, le journal ramollit, et la baguette, humide d'avoir trop flirté avec la pluie. Fataliste, le voyageur trempé jusqu'aux genoux, qui n'aura su éviter cette traître flaque, qui lui donne ce regard mélancolique... Chant de la chaussure qui crisse, flic flac du jean détrempé, du pébroque que l'on secoue, du chien qui s'ébroue, du parapluie qui claque.
Adieu, donc, l'été, et ses promesses d'amour, et bonjour l'automne, et son cortège de réjouissances, que l'on oublie aisément, car aux promesses d'amour succèdent les étreintes, qui réchauffent le corps et embrument l'esprit...





